10 mai 2011

l'homme ce soir se sent

plein de vide – difficile de continuer dans ces circonstances – idéal – un cheval –  une charrue, celle que le petit garçon devait pousser – ou conduisait-il le cheval ? Une charrue qui s'enfonçait dans la terre grasse ou les cailloux. Les genoux qui fatiguaient. Ce soir il fait appel à son père – le petit garçon – comme il a convoqué plus tôt la mémé Doxie, une grand-mère de la famille. Il se découvre plein de vide, après le manque de celle qui ne viendra pas. "Ce sac, que nous avons là, il faut le remplir" disait la mémé Doxie en touchant son estomac, et le enfants riaient d'entendre ses recommandations, toujours les mêmes, de sa voix chantante qui voulait les inciter à manger la cuisine, les salades de fruits qu'elle confectionnait l'été, "Ce sac, que nous avons là, il faut le remplir, un sac vide ne tient pas droit !"
Les relations servent-elles à nous remplir ?
Sommes-nous vides lorsqu'elles s'interrompent ?
Ce que nous ressentons dans l'estomac, de quoi s'agit-il ?
Que dit la théorie lacanienne, n'est-elle pas plutôt située du côté cérébral ? Quoique la jouissance soit phallique et le désir presque mystique... Le corps, les dents, la bouche, le cou sont en érection dans ces moments de manque. Le yin et le yang ne se livrent-ils pas à une danse effrénée dans l'estomac ?
Heureusement crient les martinets ce soir, comme tous les soirs. Que crient-ils ? la joie ? la chasse ? le jeu ? l'amour ? Il hésite à crier l'amour ce soir, à cause de son estomac. Il lui semble qu'il ne pourrait pas avaler une cerise, non plus. Pourtant c'est bien l'amour qui l'intéresse plus que tout, et le fait vivre plus que tout. L'amour est doux, l'amour est puissant. C'est lui qui se rapproche le plus des arbres, c'est lui qui s'implante le mieux dans la terre et sait caresser le ciel du plus près. Lui seul sait vraiment danser du nord au sud et d'est en ouest. Lui seul réunit les contraires et les semblables, lui seul donne le monde comme un cadeau immense, se dit l'homme ce soir, la feuille et le stylo en main, qui trace, qui trace presque aussi vite que le minuscule puceron rouge, tout rond et plein de pattes qui vire et zigzague sur la table, saoul d'avoir trop mangé ? ou a-t-il perdu sa pitance, tombé malencontreusement du panier de cerises ?
Quelle est l'importance de la faim dans la théorie lacanienne ? La femme et l'homme ne se nourrissent-ils pas lorsqu'ils s'aiment ? Et lorsqu'ils mangent ensemble, n'apaisent-ils pas leur désir, ou l'aiguisent-ils, tout comme au spectacle, ou quand ils se mangent des yeux ?
Les mots sont là. Ils jouent. Les cerises sont restées dans l'assiette. Il n'y a plus de saison. Un gouffre a dû s'ouvrir pour qu'elle ne soit pas venue. 

Posté par kelcun à 20:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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