04 octobre 2009

moment

P1130118La paix, le bonheur existent. On n'en entend jamais parler, ou presque. Ce n'est pourtant pas une petite chose. C'est l'immensité même. Le paradisiaque soleil immense et débordant. La rivière s'étale. Le monde est en expansion. Les canards, très nombreux, s'écoulent sur la surface, crient ou volent. Les gens passent, s'assoient pour laisser entrer le calme, la grande douceur de l'été indien. Le bleu du ciel est un inimaginable regard clair, myosotis. Rien n'est dit car rien ne peut être dit.
On est dans l'innommable. Dans ce qui se respire. Dans ce qui se perçoit, vous relie, est la fin de toute inquiétude. La fin de la séparation. De la dualité. De la philosophie. Du logos.
P1130119Il fallut le gros d'une vie pour que cela se fasse. Le vert couleur de vase semble presque immobile sur le dos de l'eau qui coule mais il ne cesse de se muer en d'autres tons, imperceptiblement sous la lumière qui change. La brise dans les feuilles l'accompagne par moments, comme le bruit des pas, le son des voix qui passent près de moi. Il fut dur, long, douloureux d'accoucher de soi, de se vider de soi, de ces épaisses portes, de ces épaisses forêts impénétrables, de ces épaisses peaux qui me séparaient du monde. Mais cela finit par se faire. Contre toute attente. Et pourtant en toute logique. Une logique plus profonde (mais peut-être était-ce déjà le logos d'Héraclite, et ce pourquoi ses paroles se sont perdues). Une toute petite fille qui ne sait pas encore parler imite à merveille les canards (mieux que ses parents qui ont cru lui donner modèle), elle imite la voix grave, chaude et chantante des canards. Des jeunes parents, leurs voix au passage expriment leur bonheur avec une troublante liberté. L'enfant ensuite prononce papa papa avec la voix des canards.P1130143
Des gens dont l'âge a raidi le corps, alourdi les hanches ou le dos passent aussi, leurs voix aussi variées que les fleurs d'une prairie, nuancées que les couleurs de l'eau, que les souffles du vent, quelquefois comme des ruissellements de pierres précieuses.

Posté par kelcun à 23:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires sur moment

    Ouah ! Que devient ton blog? Transformations ...
    Le temps a passé vite et j'ai loupé une série de billets. Je me retrouve devant un inimaginable regard clair myosotis qui me fascine me transporte. "Rien ne peut être dit", pourtant les mots fusent: "lumière" "fleurs "souffles" " liberté" couleurs" "ruisellements" même "bonheur"!

    Je suis prise d'une émotion vive. Non, il n'y a plus d'inquiétude à avoir...

    Posté par mima, 11 octobre 2009 à 22:54 | | Répondre
Nouveau commentaire