30 septembre 2009

des vagues

P1120689Le bal des corbeaux s'introduit par vagues dans le lointain des rues, comme un passage de farandole. Leur chant n'est pas joyeux mais agréable, comme un bruit d'eau et de forêt, le bruit d'un moulin dont la voix de bois coloré mêlé d'eau serait particulièrment harmonieuse et riche de timbres. Plus près ce sont les voix fortes des jeunes gens sur la petite place, leurs voix graves résonnent comme dans des tonneaux, d'autres fusent à la limite du cri, quelques voix féminines plus chantantes et plus douces, des sifflets, des bruits de moteurs, de chocs, et par moments les discussions s'animent et s'emballent en rythmes rapides et très musicaux, comme ces joutes verbales qu'on ne comprend pas, dans des langues inconnues, rires, beaucoup de rires, exclamations. Leurs débats ou leurs ébats verbaux extrêmement plaisants me rappellent ceux que Léonard Bernstein simplifia et organisa en grandes lignes sans les vider de leur beauté. Soudain, ça se calme, comme la mer s'apaise.
P1120690Puis ça repart, par des sons inattendus, comme ces percussions étonnantes que Bernstein aimait utiliser, des voix nouvelles, d'autres rythmes, puis les vagues reviennent, les rires, les voix roulent et s'envolent, se pressent et s'accumulent. Le spectateur assis s'arrête pour écouter, entendre, aimer le spectacle. Il va parfois comprendre, quand quelque chose d'important se dévoile, comment le groupe des acteurs sait contenir ou éteindre la violence, toujours prête à s'allumer. Comment les rires rebondissent, en recul ou en affrontement. Mais il n'y a pas là de groupe ennemi. Une seule troupe, variée, mouvante, une troupe d'étourneaux. Soudain s'emballent des bruits de mobylettes. Les voix restent rares, puis surgissent encore, largement. On a l'impression qu'une ville entière est là, dans ce quartier autour de la fontaine.
Puis tout devient calme. Des cloches sonnent au loin. Elle prennent leur place, lancinantes, volent au-dessus de la ville.
Je pense au monde violent de ne pouvoir jouer collectivement sa force, son bonheur, son plaisir, son désir.
Ils ne sont restés que quelques uns et ont commencé à jouer avec du papier qu'ils ont enflammé sur la fontaine, puis au pied de l'immeuble voisin. Ceux-là, dépossédés du groupe, cherchaient ainsi à utiliser leur énergie, en dehors de la force commune régulatrice. S'il s'était agi d'un spectacle, le metteur en scène aurait donné le signal de l'arrêt. Ce n'était peut-être ce soir un spectacle que pour moi (qui entendais, le dosP1120747 tourné, en train de travailler). Pour eux c'était un plaisir collectif, innocent en majeure partie, mais avec un potentiel de violence instable que peut diriger le metteur en scène, le maître ou le dieu, vers l'objectif artistique, économique ou politique, religieux. Ces trois ou quatre qui restaient n'avaient ni metteur en scène, ni dieu ni maître, ils ont mis le feu par désœuvrement. Il y a quelques semaines, certains (les mêmes ?) ont provoqué un grave incendie dans l'angle opposé de cette place.

Posté par kelcun à 15:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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