14 septembre 2009

à Hélène Duclos

spectateurLe corps du spectateur est la proie du monde. Seul son regard, qu'il soit extérieur ou intérieur, appartient à sa pensée. Sa pensée est sur le qui-vive. Elle cherche à exister dans la captation à laquelle elle est sujette – ou sujet. Elle cherche effarée à établir des liens, comme l'araignée soudain privée de sa toile. Nous sommes lâchés comme des araignées affolées dans l'exposition. Heureusement nos corps sont la proie du flot mimétique des spectateurs, comme un troupeau allant à la nourriture. Mais nous ne savons pas manger cette nourriture-là qui nous est balancée en pleine face. Elle nous nourrit mais il faut ouvrir les pores, indistinctement. Ça pénètre par la peau, par les cheveux, les ongles des mains et des pieds aussi bien que par les narines les oreilles ou les yeux. L'artiste qui vous fait spectateur ne vous connaît pas, ne peut pas vous nourrir gentiment au biberon ou par un autre de vos orifices. L'artiste ne sait que balancer la pâtée sur la toile et vous à votre tour vous ne savez pas comment la manger. Voilà la relation de l'art. Voilà le pacte artistique.
P1130005De temps en temps il y a un spectateur qui vient se faire prendre. Qui reste collé. Certains disent scotché. J'aime assez ce terme malgré sa vulgarité et son usage à tort et à travers. J'aime sa sonorité, l'évocation du corps pris, pantelant et muet, comme deux ronds de flan (ou de flancs – je ne sais pas ce que ça veut dire.) Chère Hélène Duclos, dans votre intime beauté, une fois de plus je me suis fait prendre. Cette fois photographier hébété et tourneboulé dans mon plus simple appareil, en pied, en corps, en femme, en prairie animalière en attente, en attente d'être ensemencé. Vous m'avez rêvé, l'un du troupeau promu et éjecté à la fois. Le flot du rêve qui m'emporte est écriture, mon fil d'araignée transmuté, raccroché à ma propre encre de stylo je me suis sauvé de l'indifférenciation de la matière, je peux vous renvoyer les draps de couleur qui vous ont échappé des doigts. Vous m'avez dépouillé pour me rhabiller de chaleur bleue et rouge, sans cesser d'être à votre tour prise pour cavale dans des doigts de couleurs. Et vient le jour où sur les murs du château les peintures s'arrêtent, sages et silencieuses lorsque personne ne les regarde.

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peintures de Hélène Duclos. Cliquez sur les images pour les agrandir. Consultez http://www.helene-duclos.fr

Posté par kelcun à 12:23 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur à Hélène Duclos

    ...il y a également des oeuvres qui donnent le vertige au spectateur! on dit qu'il est resté scotché-whisky...
    Superbes illustrations!
    Bonne fin de semaine lumineuse!

    Posté par too, 19 septembre 2009 à 19:00 | | Répondre
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